Avant de disparaître

Chroniques de PSA Aulnay
De Sylvain Pattieu, édition Plein Jour

Lecture musicale (30mn)
Adaptation, interprétation : Sophie Boulanger
Création sonore et musicale, interprétation : Louise Bronx

Ça a commencé par le vide. Ils ont démonté les vieilles lignes,ils ont assaini les sols, ils ont monté les nouvelles, pour la C3,  et puis rien. Des emplacements déserts. Des zones à l’abandon. On attendait un deuxième véhicule, une deuxième ligne, un deuxième projet. Ç’aurait été rassurant. Mais rien. Ces endroits non utilisés, c’était pas normal, une perte d’argent, le terrain, ça coûte. On a commencé à se poser des questions.

En 2014, le groupe PSA ferme le site d’Aulnay-sous-bois. C’est à nouveau un symbole de l’industrie française qui disparait, englouti par une crise qui fait à ce point partie de notre paysage que la réalité humaine des désastres qu’elle provoque est devenue abstraite. Pourtant il suffit d’engager la conversation, d’écouter ceux qui la subissent de plein fouet… C’est ce qu’a fait Sylvain Pattieu aux côtés des ouvriers d’ Aulnay, de l’annonce de la fermeture à la confirmation du plan social, après des semaines de grève. C’est leurs voix inoubliables que nous donnons à entendre ici. Ces voix qui portent un combat, et la puissance du refus de mourir. Ces voix qui affirment une dignité que rien ne pourra détruire.

Les fermetures d’usine en Europe il y en a tous les jours. Noyées dans les flux médiatiques. Nous nous sommes habitués à la vision des visages révoltés ou désespérés, des palettes qui brûlent, des piquets de grève. Nous nous sommes habitués à la dégradation du dialogue social (est-il possible d’ailleurs ?), aux patrons qui, attaqués en justice, préférent payer des amendes plutôt que d’assumer des plans sociaux. Continental, Moulinex, Michelin, Molex, Lejaby, la liste est longue, le désespoir s’amplifie et la violence monte. Il y a ce malaise permanent, et nous vivons avec. On nous a dit que c’était la fin du monde ouvrier en Europe. Que les ouvriers maintenant c’est les autres : Marocains, Roumains, Indiens, Chinois… Dans cette crise c’est capital contre travail en fin de compte. Alors comment ne pas se résigner ?

Pourtant quand nous découvrons les témoignages des ouvriers de PSA Aulnay dans Avant de disparaître, nous sommes profondément émues.

Ici ce ne sont pas des personnages. Ce sont des gens qui parlent, des gens qui livrent leur quotidien. Qui partagent avec nous leurs réflexions. Comment ils vivent leur travail. Comment leur usine, c’est eux qui l’ont construite. Par leur travail, leur sueur, qui ont payé les machines, les salaires des dirigeants. Comment ceux-ci leur ont menti. Tristesse, révolte, colère. Lucidité aussi. Ici c’est l’histoire d’une usine qui ferme. Et des ouvriers qui parlent de PSA. L’histoire d’une lutte de onze mois. Qui fait écho à d’autres luttes, partout, là, maintenant. Et pages après pages cette fierté d’appartenir à la classe ouvrière, cette classe ouvrière qui faisait peur, aujourd’hui attaquée, malmenée. Mais qui continue de crier face à un gouvernement impuissant.

Des histoires personnelles, pour sortir de la résignation.

Il fallait donner à entendre ça : ces petites histoires, dans la grande Histoire de la crise européenne. Une façon de leur rendre hommage, oui, mais aussi de prendre du recul, de réfléchir, d’apprendre de leurs expériences. De comprendre peut être que les seules luttes que l’on perd sont celles qu’on ne mène pas.

Avant de disparaître est produit par La Générale d’Imaginaire avec le soutien de la maison Folie Wazemmes et de la Ville de Lille.
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Les artistes participant à : Avant de disparaître

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